Ces souvenirs et ces mémoires qui ne cessent de chahuter entre mes neurones dénués de sentiments, ces souvenances qui m'interpellent et qui chuintent savoureusement mon nom sûrement oublié et enfouie dans le désert du passé que créé la ligne du temps. Mon cerveau peine à se rappeler l'intégralité de mon enfance qui se trouve sur ces terres, mais mon c½ur ne s'en démens pas, gravé de rires espiègles, taillé de jeux taquins, sculpté d'amusement malicieux. Je ne peux me résigner à annihiler et effacer tout ces arrière-goût qui ont bercés le seuil de mon adolescence, peut-être par spleen et mélancolie. Cette nostalgie qui vous chatouille tout d'abord l'organe vitale, puis celle qui s'incruste dans chacun de vos pores, embrasant votre intellect et lacérant votre poitrine d'un manque inéluctablement béant saupoudré d'une once de désir de savoir "et si..." Nonobstant, avec des si, on pourrait refaire le monde d'une jouissance inouïe et quasi improbable. Quoi qu'il en soit, me revoilà dans ce fameux village où je suis née, où j'ai grandis. Cette effluve de la campagne qui jouit de reconnaissance m'enlace tendrement les narines, cette senteur des champs où une mielleuse brise soufflait avec chaleur sur les cultures, cette émanation presque illusoire et chimérique des herbes folles et de la pelouse fraîchement tondue que libère les pâturages et les jardins. Cette délicieuse et suave alizé d'Eol qui fait virevolter mes cheveux aux teintes boisées, tandis que j'arpente avec envie ces rues dans lesquelles j'ai si souvent jouer, l'âme encore épier d'innocence et de pureté. Il me semble encore distinguer mes sourires francs et joviales entre ces maisons bâtit sur mon enfance, percevoir mes éclats de rire mutins et un tant soit peu puérils de mes huit ans. C'est là-bas, c'est ici que tout a commencé. Les bases d'une vie miroiter d'épisode plus ou moins attrayant, de mésaventures séduisantes et captivantes, ou, au contraire, odieuses et sans merci. La vie n'est qu'une cascade de liquide inodore et incolore, fraîche et pétillante, qui peux se congeler telle une banquise ou un iceberg à tout instant. Chaque détour de rue, chaque croisement ou carrefour que je dépasse est à présent systématiquement accompagné d'un flash antérieur et révolue, que fais ressurgir ce panorama d'antan, les faisant s'écouler à flots ténus et frémissants dans mon esprit. "Et si j'étais resté ici?" La principale interrogation inodore qui me torture gentiment de l'intérieur. Et il y a cette petite voix, peut-être ce que l'on appellerait communément l'intuition, ou bien l'inconscient, qui me murmure avec langueur; "Tout aurait été différent..." En bien, en mieux? Comment pourrais-je le savoir. La main du destin, ganté de son paumelle lilial aux nuances ivoiriennes aux doigts longs et exquisément fins, a pris pour décision d'écrire à l'encre de chine mon avenir autrement que celui-ci avait commencé. "Tu n'aurais sans doute pas été la même que tu es aujourd'hui". Déduction logique, certes... mais qui suis-je réellement?
Mes intestins s'amusèrent subitement à faire des n½uds entre eux, cherchant à s'étouffer mutuellement, tandis qu'un petit canif s'enfoncer cruellement dans mon palpitons, alors que je pensais soudainement à tout ces gens que j'avais laissé derrière moi. Toute ces personnes que ma mémoire avait conservé délicatement, tout ces individus qui m'avaient, eux, sans aucun doute, oublié. Rayé de leur conscience et pensées depuis longtemps, inconsciemment ou pas, j'en étais persuadé. Un germe de de jalousie et de ranc½ur lorsque je les vois eux, tous ensemble; soudés encore à travers les années? Sûrement, oui. Tout cela n'est qu'une pause, un répit dans mon évolution actuelle, un naïf et superficiel soubresaut dans le temps.
Je ne vis pas tout de suite que la nuit était tombé sur moi, mais lorsque je sortis de mes songes et souvenirs, Hélios avait effectivement laissé place à l'astre scintillant et étincelant qui nous servait de satellite naturel. Le ciel était constellé, parsemé de milliards d'étoiles phosphorescentes et lumineuses, contrastant avec le bleu lapis-lazuli aux ombres et reflets chenus et argentés que peignaient la lune. D'épais nuages opaque et ténébreux s'emparait de cet espace infiniment grand, tandis que j'essayais d'évaluer ma position dans mon ancien petit village. Je déglutis péniblement après avoir observé les alentours; je ne reconnaissais rien. De nouveaux bâtiments? De nouvelles rues? De nouvelles constructions? Je n'en savais strictement rien, ma seule connaissance était que j'étais implacablement perdue dans ce patelin que je pensais connaître sur le bout des doigts. J'avançais prudemment en essayant, en vain, de distinguer ne serais-ce qu'un arbre, un trottoir, une maison qui m'étais familier, mais sans succès apparent. Des ombres dansaient macabrement autour de moi, me narguant hargneusement et aigrement sans compassion. Des chuintements, claquements, cliquetis, frottements et tout autre sorte de son me donnèrent soudainement la chair de poule. "Tout a changé. Je ne suis pas d'ici, et je ne suis plus la bienvenue." Mon nez me chatouilla tristement, et je sentis mes iris céruléens s'embourber de larmes. Des sifflements et grincements accompagnèrent mes pas, tandis que je m'élançais en courant à travers des ruelles étonnement sombres et inconnues. mes foulés résonnaient en pétarade avec détonation entre ces maisons affreusement grandes, qui semblait me sourire cruellement de leur porte obscures et brumeuses, et me regarder avec mépris et sadisme de leur immenses fenêtres voilées. Les perles dévalaient mes joues lugubrement et sinistrement, alors que je sentais mon pouls s'accélérer dangereusement et ma respiration s'emballer, mêlant la peur et l'angoisse. Je continuais ma course, l'anxiété et l'inquiétude gagnant du terrain sur mon précédent nirvana. La nuit était tellement opaque et ombreuse que je ne distinguais plus à deux mètres devant moi.J'essuyais rapidement et nerveusement mes larmes qui suinter de mes pupilles dilatées au maximum, et quelle fut ma surprise et ma panique lorsque je déboulais soudainement devant une impasse, et que je heurtais le mur de brique de plein fouet. Une violente douleur s'abattit sur mon crâne tandis que je tombais à la renverse sur le sol glacé d'épouvante. Et je ne pus qu'éclater en sanglot. Que faisais-je ici, dans un monde qui n'étais plus le mien? Pourquoi avais-je tellement voulu revenir dans un passé qui m'avais quitter il y a plus de sept ans? Sept. Encore et toujours ce chiffre qui me poursuivais sans relâche, ce chiffre sois disant magique que je considérais comme tel. Je ne me sentais peut-être plus vraiment à ma place dans mon existence présente... et mes larmes ne cessaient de couler doucereusement sur mes joues endoloris par la fatigue, tandis que je repliais ma tête sur mes genoux, incapable de retrouver la force de me relever. Subitement, un clappement semblable à celui de mes précédentes enjambés déboula entre mes tympans, mais je n'eus pas le courage de regarder derrière moi. Allais-je mourir ici, tuer par un fou furieux? Cette hypothèse me paru être bonne lorsque je sentis deux bras solides et vigoureux me prendre par les épaules avec force. Mais contradictoirement à la haine et le dépit que j'aurais du ressentir, j'eus soudainement l'impression que tout allé s'arranger, et une vague d'espoir, étrangement écumée d'amour s'empara de moi. L'homme me releva et me tourna vers lui, et au lieu de ce couteau infanticide et meurtrier que j'aurais dû percevoir, je ne vis que ses yeux à la pigmentation chocolat au lait se refléter dans les ténèbres. Il posa doucement ses deux mains sur mes joues trempées, et rapprocha son visage du mien avec tendresse. <Moi je suis d'ici, et tu es la bienvenue dans ma vie.> Chuchota t-il. Et il me serra brusquement contre son c½ur, mes derrière larmes fuyant dans la nuit céruléenne. "Mais il n'est pas de ton passé..." me murmura encore cette petite voix intérieur. <Non, c'est vrai. Il est de mon futur.> Ajoutais-je pour moi même en ravalant mes pleurs. Je ne sus jamais s'il avait entendu mes paroles, mais ses lèvres se pressèrent contre les miennes, alors que je compris que ces souvenirs, ce passé, était définitivement révolu, pour laissé place à un avenir qui s'annonçait impartial.